Portrait de Damien Morisset, représentant engagé de Nous Aussi et de l’Adapei 33
Portrait de Damien Morisset, représentant engagé de Nous Aussi et de l’Adapei 33
28 avril 2026
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Damien Morisset est accueilli à l’ESAT Blanquefort. Portrait d’un homme engagé à l’Adapei 33, mais aussi dans bien d’autres organisations, depuis une dizaine d’année. Rencontre :
Damien, quel est votre parcours à l’Adapei 33 ?
Je suis arrivé en 1999 au CAT de Bègles (Centre d’Aide par le Travail). Comme j’avais fait un parcours en IMPro avant, on m’a dirigé vers là. Je suis arrivé car je faisais un apprentissage de cuisinier sur Valence, et manque de pot, j’ai su qu’il me fallait une greffe cardiaque. Je ne pouvais donc travailler qu’à mi-temps. De 1999 à 2003, j’ai donc été au CAT de Bègles. Ça a découlé sur un premier stage, en cuisine de maison de retraite, à Bordeaux, pendant quinze jours. A la suite, je suis allé à Pizza Paï à Mérignac en 2003, où on m’a proposé de faire un autre stage de quinze jours. Ils m’ont embauché après, pour réceptionner la marchandise, la nourriture, cuisiner…
Ça se passait bien au début. Au bout d’un an et demi, ça commençait à ne pas très bien aller. Je ne suis pas tout à fait partie dépression, mais bon… Au début, les suivis [en entreprise ordinaire] n’étaient pas tout à fait comme maintenant, parce qu’on ne pouvait pas faire deux jours à l’entreprise, deux jours à l’ESAT ; on était directement dedans. Il y avait une personne qui me suivait, mais on était embauché entièrement. Il y avait moins la possibilité de revenir comme aujourd’hui. Et après, je me suis retrouvé au chômage, j’ai redemandé des orientations, j’ai recherché au Pôle Emploi directement…
Et vous avez retrouvé du travail ou une activité ?
J’ai eu la possibilité d’aller en stage à l’hôpital Saint-André, aux cuisines aussi. Là, je me trouvais bien, préparer les plateaux pour les malades, à la vaisselle… Je n’ai pas été pris [après le stage]. J’ai repris, à ce moment-là, un parcours scolaire, un CQP (Certificat de qualification professionnelle) d’agent de propreté pendant quatre mois. Il y avait une possibilité de pouvoir aller en cours et en entreprise. Ça s’est très bien passé. Mais là, la greffe cardiaque commençait. Et du coup, ça m’a sorti des cours. Finalement, j’ai eu une orientation ESAT en 2012.
Depuis, j’ai fait deux ESAT. Je suis reparti en cuisine quand même à l’ESAT Bègles [passé de CAT à ESAT : Etablissement et service d’Aide par le Travail]. J’ai refait une bascule en atelier propreté entre-temps (grâce au QCP agent de propreté), quand il y a eu un déménagement entre l’ESAT Bègles et l’ESAT Blanquefort [en 2019]. Je ne suis pas passé par les prestations à l’extérieur comme d’autres personnes. Avec les problèmes de santé qui continuaient, il me fallait un poste assis, et on m’a proposé d’aller en sous-traitance à Blanquefort. J’avais déjà vu comment la sous-traitance fonctionnait. Ça m’a plu, donc, j’ai été là-bas.
A la suite, je m’intéressais plus à ce qui se passait à l’Adapei 33. Je savais déjà que c’était une association, car j’étais dans une autre association : l’Association des Greffés du Cœur et des Poumons du Sud-Ouest (AGCPSO). Et, à la longue, on m’a proposé de participer à Nous Aussi.
Nous allons en parler justement : comment avez-vous connu l’association Nous Aussi ?
C’était le coordonnateur de l’ESAT Bègles [Emmanuel Pauly, maintenant directeur adjoint du service insertion] qui en a parlé, qu’il y avait une association qui s’appelait Nous Aussi, pour défendre les droits des personnes en situation de handicap, et que c’était des ouvriers [en situation de handicap] qui s’en occupaient. Ce n’étaient pas les paroles des parents, ni des professionnels. Ils étaient là pour nous guider, mais ce n’était pas eux qui prenaient les décisions.
Après on fait une grosse réunion à l’ESAT Pessac Magellan au sujet de Nous Aussi, avec une vingtaine de personnes accueillies. Et moi, j’ai parlé de mon rôle dans l’association des greffés [pair-expert].
Quand on vous a fait cette première présentation, qu’est-ce que vous avez pensé de Nous Aussi ?
J’ai dit, là, c’est une occasion de voir ce qu’on veut, parler de notre vécu, notre histoire, ce qu’on veut améliorer et ce qu’on pourra faire pour le futur. En fait, les personnes en situation de handicap, on a tous quelque chose à amener, pouvoir donner nos idées et pouvoir aider les collègues qui ont plus de mal à comprendre des choses. Eux aussi, ils peuvent nous amener quelque chose, partager, échanger.
Moi, depuis le plus jeune âge, j’ai été dans l’associatif, dans le monde du sport ou culturel, j’ai toujours eu cette notion d’engagement, de partage.
Après cette présentation, quand avez-vous rejoins Nous Aussi ?
En 2014. On demande si une personne veut être représentant [pour la délégation Nous Aussi Gironde], et je postule directement, le groupe m’a choisi. Au début, on devait être 6/7 dans l’association Nous Aussi en Gironde, que de l’ESAT Bègles. Les représentants sont renouvelés tous les 3 ans, on refait une petite élection avec les adhérents. J’ai toujours été réélu.
Il y a 3 ans, j’étais fatigué, je voulais ne m’occuper que de la gazette ou de certaines choses. Il y a eu une grande solidarité. Aujourd’hui on travaille plutôt par groupe de 2-3 personnes, comme ça il y a toujours quelqu’un qui est au courant et qui peut intervenir. Par exemple Mélodie [adhérente Nous Aussi] m’a remplacé au dernier moment sur une action à Angoulême. On est un binôme. Même des choses qu’elle fait encore, moi je ne fais pas pareil ! L’investissement quand on fait des interventions par exemple, je ne présente pas du tout pareil ! Esther [autre adhérente Nous Aussi] ne fonctionne pas pareil aussi, on a une triangulaire complémentaire, qui est bien. Le prochain truc sur lequel on est en train de travailler, c’est Fort Boyard !
Quel est ce projet ?
On voudrait qu’une équipe de célébrités de la Région représente l’association Nous Aussi dans Fort Boyard… Le premier auquel on a pensé c’est le chef de cuisine Philippe Etchebest, il est habitué. On pensait aussi à un sportif paraplégique. On a choisi Fort-Boyard parce qu’on est pas mal à le regarder, il y a beaucoup de personnes qui le regardent, donc c’est surtout pour faire connaitre l’association.
En dehors de vos investissements au niveau culturel, qu’est-ce que Nous Aussi apporte, et pourquoi c’est important pour les personnes en situation de handicap ?
Déjà pour les liens sociaux, pour le partage et pour dire qu’on est une personne comme toutes les autres, on est des personnes lambdas ! Pourquoi on nous mettrait à part ? On a peut-être plus de difficultés à comprendre des mots, des choses, ou s’orienter, mais on peut très bien avoir une conversation. Chacun son handicap, il y a des handicaps qui ne se voient pas, et avec Nous Aussi, on veut dire qu’on a le droit de vivre comme tout le monde. Il n’y a pas de différence, on est tous pareils.
Est-ce que vous avez remarqué des changements depuis votre arrivée à l’Adapei en 1999 concernant les droits des personnes en situation de handicap ?
Déjà, on n’avait pas de CVS [Conseil de la Vie Sociale], ce n’était pas pareil. Surtout ce qui a évolué, c’est le suivi pour pouvoir aller en entreprise et à l’ESAT [double contrat], on a moins d’appréhension, de pas se retrouver seul d’un coup du jour au lendemain, comme ça m’est arrivé.
Ce qui s’est amélioré aussi, c’est que maintenant on travaille de plus en plus avec les parents, personnes accueillies, professionnels. Avant ça, c’était parents-professionnels, nous, on nous disait des choses, mais ce n’était pas pareil. On avait moins de groupes, on était moins intégrés, on avait moins la parole. Là c’est plus ouvert. On peut vraiment exprimer ce qu’on attend, ce qu’on a vécu et ce qu’on vit actuellement.
Puis on ne faisait pas les déplacements, comme là j’ai eu l’occasion de faire au Conseil Départemental avec Nous Aussi, ou l’ESAT. Et toutes les commissions, les COPIL… Le dernier auquel j’ai participé, c’est l’appel à projets du CREAI Nouvelle Aquitaine (Le Centre Régional d’Etudes, d’Actions et d’Informations en faveur des personnes en situation de vulnérabilité d’Aquitaine), avant le copil VIAS (Vie Intime, Affective et Sexuelle) …
D’autres groupes auxquels vous avez participé ?
A l’Adapei 33 actuellement, on développe le sujet de l’environnement avec un groupe de professionnels et personnes accompagnées. Alors là par exemple, ça fait un mois qu’on a mis en place une poubelle pour trier les canettes [à l’ESAT Blanquefort], on essaye vraiment de faire respecter le tri. On fait de la récupération de papier, de palettes. J’ai aussi participé à la construction du projet associatif [2024-2028] de l’Adapei 33 et je suis représentant de Nous Aussi au Conseil Associatif. Je fais aussi partie du conseil d’administration d’une autre association, à la MJC de Bruges (Maison des Jeunes et de la Culture).
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