Séminaire transformation de l’offre – commencer à construire les réponses de demain
Séminaire transformation de l’offre – commencer à construire les réponses de demain
18 juin 2026
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Comment les territoires commencent à construire les réponses de demain ?
Coopération, coordination, subsidiarité, responsabilité populationnelle partagée… Derrière ces notions techniques, quels changements se dessinent concrètement pour les personnes accompagnées, leurs familles et les professionnels ?
Dans notre décryptage du mois d’avril, nous vous présentions les grands principes de la transformation de l’offre médico-sociale et les évolutions attendues à l’horizon 2027 (pour le pôle Enfance) et 2030 (pour les adultes).
Mais comment ces ambitions nationales peuvent-elles se traduire concrètement sur le terrain ?
C’est tout l’objet du séminaire organisé le 17 juin dernier par l’Adapei 33, qui a réuni plus de 80 cadres et administrateurs de l’association. Une journée de travail pour mieux comprendre les enjeux de cette transformation, partager les premiers travaux engagés sur les territoires et commencer à imaginer ensemble les réponses de demain.
De la théorie à la réalité des territoires
La matinée a débuté par une intervention de Pascal Le Bourdonnec, consultant chez KPMG, chargé de l’animation de cette journée de travail consacrée à la transformation de l’offre. L’objectif était de revenir sur la genèse de cette transformation, les grands principes qui la structurent et les changements de modèle qu’elle implique pour l’ensemble du secteur médico-social.
Si les grandes orientations sont définies au niveau national, leur mise en œuvre se construit à l’échelle des régions, en coopération avec les acteurs des territoires, et sont déclinées à l’échelle des départements et des bassins de vie. Différents modèles adoptés par les régions ont été présentés lors de cette matinée, avant un point d’étape sur la dynamique actuelle en Nouvelle-Aquitaine.
Les échanges ont mis en évidence un point essentiel : la transformation de l’offre ne consiste pas seulement à faire évoluer l’organisation des structures, elle conduit à changer la façon de concevoir l’accompagnement. Pendant longtemps, les réponses ont été construites à partir des établissements et des services existants. L’ambition est désormais de partir davantage des besoins et du projet de vie de la personne pour construire des réponses mobilisant l’ensemble des ressources disponibles sur un territoire. Cette évolution conduit progressivement à passer d’une logique d’offre institutionnelle à une logique de coopération territoriale.
Les échanges ont également montré que cette transformation ne concerne pas uniquement l’organisation des services, elle implique une évolution progressive des pratiques professionnelles, des modes de coopération entre acteurs et de la manière même de construire les réponses aux besoins des personnes. Les établissements et services médico-sociaux sont ainsi appelés à devenir davantage des plateformes de services, capables de mobiliser une diversité de réponses et de soutenir les acteurs du droit commun lorsque cela est nécessaire.
Pour accompagner cette nouvelle organisation territoriale, un modèle de réponse graduée est en cours de construction autour de trois niveaux complémentaires.
Le premier niveau correspond à l’information, au conseil et à l’orientation qui serait assuré par la Communauté 360 (guichet unique d’information et d’appui), et la MDPH, avec pour mission d’écouter les demandes, d’informer les personnes et leurs familles sur les ressources disponibles sur leur territoire et de les orienter en priorité vers les solutions de droit commun lorsque celles-ci peuvent répondre aux besoins.
Le deuxième niveau repose sur la création d’une « cellule Parcours de vie », appelée à jouer un rôle central dans l’accompagnement des situations. Indépendante de l’offre médico-sociale, elle regrouperait différentes fonctions de coordination déjà existantes (Facilitateur Projet et Parcours de Vie, coordinateurs de parcours, Communauté 360, Maison Départementale des Personnes Handicapées, Dispositif d’Appui à la Coordination). Sa mission serait d’aider la personne à exprimer ses besoins et son projet de vie, de l’accompagner dans ses démarches, de l’orienter vers les ressources adaptées et de soutenir la coordination des différentes solutions mobilisées.
Enfin, le troisième niveau concernerait la mobilisation et la coordination des acteurs du territoire. L’objectif serait de faciliter la coopération entre les partenaires afin de construire des réponses adaptées aux besoins des personnes, en combinant lorsque nécessaire les ressources du droit commun et les expertises spécialisées.
Une responsabilité partagée sur les territoires
La seconde partie de la matinée, animée par Nicolas Sabatini, directeur général de l’Adapei 33, a permis d’entrer dans le vif du sujet en présentant les enjeux de coopération et de coordination.
En Nouvelle-Aquitaine, l’Agence Régionale de Santé a fait le choix d’un modèle fondé sur la co-construction. Ce sont les acteurs eux-mêmes qui sont chargés d’imaginer ensemble les organisations de demain.
À l’échelle départementale, la Gironde a été organisée en neuf Pôles Territoriaux de Solidarité (PTS), correspondant aux principaux bassins de vie du département.
Ces territoires constituent le cadre dans lequel les associations, les acteurs du sanitaire, de l’Éducation nationale, les services publics et les partenaires du droit commun sont invités à travailler collectivement.
L’Adapei 33 est impliquée dans huit de ces neuf territoires, dont six dans le champ de l’enfance.
Une particularité forte du modèle girondin réside dans le principe de responsabilité populationnelle partagée. Autrement dit, aucune association ne portera seule la responsabilité des réponses à apporter. Même lorsqu’un acteur est identifié comme pilote d’un territoire, la responsabilité reste collective et solidaire entre l’ensemble des partenaires.
Cette logique traduit un changement profond dans la manière d’appréhender l’accompagnement. Il ne s’agit plus de chercher quelle structure peut répondre à une situation, mais de mobiliser collectivement les compétences présentes sur le territoire, comme l’a souligné Nicolas Sabatini : « Nous devons apprendre à porter un regard plus large et plus ouvert sur les situations et commencer à nous inscrire dans une logique de responsabilité partagée à l’échelle du territoire. »
Le droit commun d’abord, le médico-social en appui ressource
Parmi les notions largement abordées durant le séminaire, celle de « subsidiarité » occupe une place centrale. Derrière ce terme technique se cache une idée simple : mobiliser d’abord les ressources de proximité accessibles à tous et faire intervenir les expertises spécialisées lorsque la situation le nécessite.
Concrètement, cela signifie que l’école, les services de santé, les activités sportives, culturelles ou de loisirs et plus largement les services de droit commun doivent être pleinement intégrés à la réflexion. Le médico-social n’est pas appelé à se substituer à ces ressources mais à intervenir en complément, comme fonction ressource lorsque cela est nécessaire. Cette approche repose sur un engagement réciproque. Le secteur médico-social est appelé à soutenir les acteurs du droit commun dans leurs démarches inclusives, tandis que ces derniers sont invités à renforcer leur capacité à accueillir et accompagner les personnes en situation de handicap.
Cela ne signifie pas moins d’accompagnement spécialisé, mais un accompagnement spécialisé mobilisé au bon moment et à la hauteur des besoins de la personne.
Cette approche a d’ailleurs largement nourri les réflexions des participants, comme l’a observé Nicolas Sabatini à l’issue des restitutions de travaux de groupes : « Les questions de la subsidiarité et du droit commun sont revenues dans chacun des groupes. C’est un signal intéressant de l’évolution de nos façons de penser l’accompagnement. »
Cette évolution ne signifie pas pour autant que toutes les personnes accompagnées verront leur mode d’accompagnement profondément modifié. Interrogé par une administratrice sur les conséquences concrètes pour son enfant aujourd’hui accompagné en Foyer d’Accueil Médicalisé, Nicolas Sabatini a tenu à apporter une précision importante : « Pour un certain nombre de personnes accompagnées aujourd’hui en Foyer d’Accueil Médicalisé ou en Maison d’Accueil Spécialisée, cela n’aura pas un grand impact. La réponse pourra toujours être institutionnelle, le choix appartiendra à la personne et à sa famille. Dans ce cas, la question des coopérations sera davantage à la marge et concernera surtout certaines prestations complémentaires ». La transformation de l’offre n’a pas vocation à imposer un modèle unique.
Plusieurs participants ont également rappelé l’importance de veiller à ce que cette évolution ne conduise pas à reporter davantage de responsabilités sur les familles. L’un des objectifs de la transformation de l’offre est précisément de mieux coordonner les interventions et de renforcer les soutiens afin que les familles ne deviennent pas, par défaut, les principales organisatrices des parcours. L’enjeu est avant tout d’élargir le champ des possibles et de proposer des réponses plus adaptées aux attentes et aux besoins de chacun, tout en préservant la liberté de choix des personnes accompagnées et de leurs familles.
Les territoires déjà à l’œuvre
La matinée s’est poursuivie par les retours d’expérience des directeurs engagés dans les travaux des Pôles Territoriaux de Solidarités. Malgré des réalités très différentes entre le Bassin d’Arcachon, le Médoc, la Haute-Gironde, le Sud-Gironde, les Graves ou encore Bordeaux, plusieurs constats convergent.
Les directeurs ont notamment souligné un premier effet très concret de ces travaux : une meilleure connaissance mutuelle entre les acteurs des territoires. Cette interconnaissance permet déjà d’identifier plus facilement les ressources disponibles et de renforcer les coopérations. Comme cela a été souligné au cours du séminaire : « Plus on connaîtra notre territoire précisément, plus on pourra aller piocher la compétence.
Par ailleurs, la transformation de l’offre ne part pas de zéro, les territoires disposent déjà de nombreuses ressources et d’une forte culture partenariale. L’enjeu consiste désormais à mieux les coordonner et à les rendre plus lisibles pour les personnes et les familles.
Les travaux ont également mis en évidence la nécessité de construire un langage commun entre les acteurs. Des notions comme la coordination de parcours ne recouvrent pas toujours les mêmes réalités selon les institutions ou les professionnels, ce qui peut parfois compliquer les coopérations et l’orientation des familles.
Les tensions sur certaines professions, les difficultés de transport, les listes d’attente ou encore les ruptures de parcours font également partie des préoccupations partagées.
Face à ces constats, de nombreuses pistes émergent, comme la mutualisation des expertises, le développement d’équipes mobiles, une meilleure coordination des parcours, le partage de ressources entre associations, la construction de réponses spécifiques pour les situations complexes ou encore une cartographie des acteurs présents sur chaque territoire.
Autre enseignement fort, les familles sont non seulement identifiées comme des partenaires essentiels du futur modèle, mais elles participent déjà aux réflexions engagées sur plusieurs territoires. Leur regard contribue à mieux comprendre les besoins, les attentes et les difficultés rencontrées dans les parcours de vie.
Derrière ces travaux se dessine l’ambition commune de réduire progressivement les situations sans réponse ou sans solution adaptée, grâce à une meilleure coordination des acteurs et des ressources disponibles sur les territoires.
Un exercice grandeur nature
L’après-midi était consacrée à un exercice pratique. Répartis en six groupes correspondant aux différents territoires, les participants ont travaillé à partir de situations concrètes, réelles et anonymisées de personnes accompagnées.
Chaque groupe devait imaginer des réponses en mobilisant les ressources disponibles sur son territoire : acteurs du droit commun, dispositifs de l’Adapei 33, partenaires spécialisés, coordination de parcours, mise en œuvre de la subsidiarité… L’objectif n’était pas de trouver la solution parfaite, mais d’expérimenter concrètement la manière dont les réponses pourraient demain être construites collectivement.
Les restitutions ont mis en évidence plusieurs difficultés, notamment la méconnaissance mutuelle des acteurs ou l’absence de certaines ressources sur les territoires. Les groupes ont également souligné l’importance d’anticiper davantage les moments clés des parcours de vie, notamment les changements d’âge (16, 18 et 20 ans), de lieu de vie ou de mode d’accompagnement, afin de prévenir les ruptures et de sécuriser les transitions.
Mais elles ont également révélé une évolution encourageante des réflexions, comme l’a indiqué Nicolas Sabatini : « Ce que je trouve intéressant dans les restitutions, c’est que la réponse collective et l’association des expertises sont apparues très naturellement. C’est un bon réflexe qu’il va falloir encore plus développer demain. »
Apprendre à penser autrement
Au-delà des organisations futures, l’un des messages les plus marquants de la journée concerne l’évolution des représentations. Pour Nicolas Sabatini, le principal défi n’est pas uniquement organisationnel, il est aussi culturel : « Nous avons encore beaucoup parlé des réponses sous l’angle des établissements et des services. L’un de nos principaux défis sera d’apprendre à penser les réponses à partir des besoins de vie des personnes ». Cette réflexion est au cœur de la transformation de l’offre. Aujourd’hui encore, il est fréquent de raisonner à partir des structures existantes. Demain, l’ambition est de partir d’abord des besoins de la personne puis de construire une combinaison de prestations adaptée à sa situation.
Cette évolution rejoint directement les travaux engagés autour de la nomenclature SERAFIN-PH, un référentiel national qui vise à mieux décrire les accompagnements à partir des prestations réellement apportées aux personnes plutôt qu’à travers les seules catégories d’établissements. Comme l’a rappelé Nicolas Sabatini : « Quand on commence à travailler sur la nomenclature SERAFIN, quand on commence à inventorier les prestations et à les développer, c’est là qu’on prend conscience de toute la richesse de ce que l’on apporte aux personnes au quotidien. » Au-delà de cet outil, l’enjeu est également de construire progressivement un langage commun entre les différents acteurs du territoire afin de mieux décrire les besoins des personnes, les prestations mobilisées et les réponses pouvant être apportées.
Cette évolution ne concerne pas uniquement les organisations, elle suppose aussi une transformation progressive des postures professionnelles, avec davantage de coopération, de travail en réseau et d’ouverture vers les partenaires. En croisant les expertises et en mobilisant plus largement les ressources du territoire, l’ambition est de construire des réponses plus souples, plus personnalisées et plus complémentaires. Cette dynamique doit également renforcer les liens avec les acteurs locaux, comme l’a rappelé Nicolas Sabatini : « penser davantage les besoins des personnes nous conduira naturellement à nous ouvrir davantage à notre territoire et à nos partenaires. »
Un chemin qui ne fait que commencer
En clôture de la journée, Nathalie Remy, présidente de l’Adapei 33, a salué la qualité des échanges et l’engagement des participants : « Merci à l’ensemble des participants pour cette journée d’écoute et de travail. L’exercice était difficile, mais il montre aussi notre capacité à réfléchir ensemble, à avancer et à nous projeter. Je voulais également vous remercier pour cette ambiance studieuse mais joyeuse ! »
Le message partagé par les différents intervenants est clair, la transformation de l’offre ne se décrète pas, elle se construit progressivement, territoire par territoire, avec les personnes accompagnées, les familles, les professionnels et l’ensemble des partenaires.
Le premier décryptage nous avait permis de comprendre pourquoi la transformation de l’offre était devenue une nécessité. Ce séminaire marque une nouvelle étape, celle où les grands principes commencent à prendre forme sur les territoires et où chacun est invité à contribuer à leur construction. L’essentiel du travail reste devant nous, comme l’a résumé Nicolas Sabatini :
« Nous amorçons un chemin qui va nous conduire vers une nouvelle façon de faire et une nouvelle façon de penser. Comme lorsqu’on apprend une nouvelle langue, il faut du temps, de la pratique et des répétitions pour progresser. »
Une image qui résume parfaitement l’esprit de ce séminaire, apprendre ensemble un nouveau langage pour construire, demain, des réponses plus coordonnées, plus souples et plus adaptées aux parcours de vie des personnes.
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